Et si l’économie était mesurée en bitcoin ? Richard Détente déconstruit « le grand mensonge des monnaies fiduciaires »
Paris, 25 mai 2026 – Faut-il jeter un pavé dans la mare des banques centrales ? Dans une vidéo devenue virale, Richard Détente, fondateur de la chaîne de vulgarisation économique Grand Angle, reprend un rapport américain pour proposer un exercice de pensée radical : mesurer l’économie non plus en dollars, mais en bitcoin. Une bascule de référentiel qui, selon lui, révèle la nature profondément redistributive – et souvent cachée – des monnaies fiduciaires.
Qui est Richard Détente ?
Richard Détente n’est pas un simple youtubeur. Il est le fondateur de la chaîne Grand Angle, spécialisée dans l’analyse macroéconomique et la vulgarisation des enjeux monétaires. Il est également cofondateur et président de Data Factory, une société active dans la data et l’intelligence économique.
Sa chaîne se distingue par de nombreuses interviews d’économistes de renommée nationale et internationale (français, américains, suisses), ce qui lui confère une certaine légitimité dans le débat économique. Enfin, Détente est membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker.fr, site spécialisé dans l’investissement en métaux précieux (or, argent), dans le cadre d’un partenariat pour la promotion des contenus qu’il produit.
Cette dernière affiliation est importante à noter : Goldbroker est une plateforme qui promeut l’or comme valeur refuge face aux monnaies fiduciaires. Détente, sans cacher son intérêt pour l’or, voit dans le bitcoin un étalon encore plus radical.
Le postulat : et si tout s’effondrait en bitcoin ?
Le rapport Repricing the economy in Bitcoin (Strive Asset Management et Unchain) propose un simple changement d’unité de compte. Aujourd’hui, tout est mesuré en dollars : PIB, salaires, immobilier, actions. Mais le dollar, depuis 1971, voit sa masse monétaire augmenter de 7 % par an en moyenne. En 54 ans, la quantité de dollars a été multipliée par plus de 33.
« Ce n’est pas la réalité qui change, c’est l’échelle avec laquelle on a pris l’habitude de la mesurer », résume Détente.
Ainsi, des actifs comme Apple ou l’immobilier grimpent en dollars… mais s’effondrent en bitcoin. Le S&P 500, après ajustement de l’inflation monétaire, ne rapporte en réalité que 1,3 % par an depuis 1971. L’immobilier américain tombe en territoire négatif (–1,2 %).
L’État, grand capteur de richesse
Derrière cette mécanique, Détente pointe un contrat social non dit : l’augmentation de la création de valeur n’est pas allée aux producteurs (entreprises, travailleurs) mais à l’État, qui la redistribue.
« Ce n’est pas le rentier qui a des actions, ni le travailleur qui a un salaire, qui touchait l’augmentation de la taille de l’économie, mais bien l’État », explique-t-il.
Une mécanique qui pousse tout le monde à courir après le rendement, souvent dans des investissements médiocres, juste pour ne pas s’appauvrir. Et quand l’État finit inévitablement par faire faillite, les épargnants sont « euthanasiés », selon l’expression de John Maynard Keynes.
Le pari risqué du bitcoin
Bitcoin, avec ses 21 millions d’unités fixes, offre une alternative. Pas de création monétaire discrétionnaire, une rareté garantie. Mais Détente met en garde contre l’arrogance des « bitcoiners maximalistes » (comme Michael Saylor) qui promettent 30 % de rendement annuel pendant 20 ans.
« Si l’univers ne distribue pas de repas gratuit, ce rendement n’est pas une promesse, c’est un pari », insiste-t-il.
Un tel rendement n’est possible que pendant une phase d’adoption progressive, et il récompense un risque tout aussi élevé. Détente rappelle que bitcoin n’a pas de richesse en soi : c’est une créance sur l’avenir. Si l’avenir s’appauvrit (crise énergétique, effondrement), sa valeur baissera.
Mise en perspective avec le franc CFA
Cette analyse prend une résonance particulière en Afrique, et notamment dans les pays de la zone franc CFA. Là où le dollar influe sur l’économie mondiale par sa création monétaire, le franc CFA repose sur un mécanisme encore plus direct de captation de valeur.
Le franc CFA est adossé à l’euro, et sa convertibilité est garantie par le Trésor français. En contrepartie, les pays de la zone CFA déposent 50 % de leurs réserves de change sur un compte d’opérations au Trésor français. Cette contrainte, dénoncée par des économistes comme Kako Nubukpo ou Ndongo Samba Sylla, est souvent qualifiée de « servitude monétaire » : elle prive les économies locales d’une partie de leur épargne, captée par l’ancienne puissance coloniale.
Du point de vue de l’exercice de Détente :
- Le franc CFA incarne un cas extrême de contrat social monétaire non choisi. La création monétaire n’y profite pas aux États africains, mais sert indirectement à garantir l’euro.
- Mesurer l’économie du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire en francs CFA, c’est utiliser un mètre dont la longueur dépend d’une décision prise à Paris et à Francfort.
- Si l’on appliquait Repricing the economy in bitcoin à ces pays, les PIB, salaires et prix de l’immobilier s’effondreraient encore plus brutalement qu’aux États-Unis, car le franc CFA n’a même pas la liberté de s’ajuster par une politique monétaire autonome.
Détente ne parle pas directement du franc CFA dans sa vidéo, mais son analyse rejoint ces critiques. Pour certains militants d’une réforme monétaire en Afrique de l’Ouest, le bitcoin n’est pas seulement un actif spéculatif : c’est une tentative de sortir d’un référentiel hérité de la colonisation. Reste que, comme le rappelle Détente, toute monnaie porte en elle un contrat social. Dans le cas du bitcoin, il favorise l’accumulation de capital – ce qui pourrait creuser davantage les inégalités dans des régions où l’accès à l’électricité et à Internet reste limité.

Le taux sans risque, arme secrète du bitcoin
L’un des apports les plus techniques de la vidéo est l’analyse du taux sans risque implicite du bitcoin. Aujourd’hui, le taux directeur des banques centrales (par exemple 3 %) est inférieur à l’inflation monétaire (7 %) : on perd 4 % de pouvoir d’achat sans rien faire. Avec bitcoin, une fois l’adoption terminée, le taux sans risque serait positif (déflation).
Conséquence : les « placements pourris » (fonds euros à 2 %, programmes immobiliers médiocres) disparaîtraient. Mais un taux sans risque trop élevé pourrait aussi décourager l’investissement productif, créant une régulation naturelle entre rémunération du capital et rémunération du travail.
La position personnelle de Détente
Richard Détente ne cache pas sa préférence : à titre personnel, en dessous de 30 % de rendement espéré par an, il préfère investir dans bitcoin. Mais il insiste sur le fait qu’il s’agit d’un pari risqué, non d’une vérité absolue.
Il critique sévèrement l’arrogance des maximalistes :
« Bitcoin, c’est bien, mangez-en, mais attention, car l’univers est une machine à rendre malheureux les gens qui se moquent de lui. »
L’exercice de Repricing the economy in bitcoin n’est pas une prédiction, mais une loupe grossissante. Il révèle que nos monnaies actuelles ne sont pas neutres : elles redistribuent la richesse, souvent au profit des États et au détriment des épargnants modestes. Le franc CFA en est une illustration historique particulièrement frappante, où la captation de valeur s’accompagne d’une perte de souveraineté.
Bitcoin propose un autre contrat social, plus favorable à l’accumulation de capital. Mais il n’est ni sans risque, ni sans biais. Comme tout référentiel, il sert les intérêts de certains plus que d’autres. À chacun, en conscience, de choisir son mètre – et de vérifier qui tient le mètre.
