Nala, LemFi, Taptap Send et Sendwave ont révolutionné les envois de fonds vers l’Afrique francophone en proposant des transferts quasi gratuits. Face à cette concurrence redoutable, les opérateurs crypto comme ipercash.com tentent de survivre non pas sur le prix, mais sur des marchés de niche : épargne en dollars, couloirs secondaires et souveraineté monétaire. En zone FCFA, le vide juridique freine pour l’instant toute adoption massive.

Cinq ans après l’annonce de la réforme du Franc CFA, le marché des transferts d’argent vers l’Afrique a connu une transformation bien plus profonde que celle qu’avaient imaginée les observateurs de la blockchain. Ce ne sont pas les cryptomonnaies qui ont bousculé l’ordre établi, mais une nouvelle génération de fintechs mobiles venues du monde anglo-saxon.

Des applications comme Nala, LemFi, Taptap Send ou Sendwave ont rendu les envois de fonds quasi gratuits sur les principaux couloirs reliant l’Europe et les États-Unis à l’Afrique de l’Ouest et centrale. Envoyer deux cents euros de Paris à Douala ou Abidjan ne coûte plus qu’un euro, voire zéro euro, avec un taux de change presque identique à celui du marché. Les banques classiques et les grands mandataires historiques comme Western Union ont été pris de court par ces modèles low-cost sans agence physique, qui s’appuient sur des licences locales et des partenariats bancaires agressifs.

Face à cette concurrence redoutable, les opérateurs basés sur les stablecoins – ces cryptomonnaies adossées à des monnaies stables comme le dollar – doivent repenser leur proposition de valeur. Ils ne peuvent plus rivaliser sur le prix là où les fintechs excellent déjà. Leur avenir se joue désormais sur des niches que les applications classiques ne couvrent pas ou mal.

Première niche, l’épargne de précaution. Dans plusieurs pays africains comme le Nigeria, la République démocratique du Congo ou l’Éthiopie, l’inflation ronge la monnaie locale. Détenir des stablecoins en dollars permet de conserver sa valeur sans passer par un système bancaire étranger. En zone FCFA, où l’inflation est plus contenue, ce sont surtout des commerçants et des importateurs qui utilisent ces actifs pour sécuriser leurs marges face aux fluctuations.

Deuxième niche, les couloirs de transfert non rentables pour les grandes fintechs. Une application comme Nala n’ouvrira pas un corridor entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire si les volumes sont trop faibles. Un opérateur en stablecoins, associé à un réseau d’agents locaux, peut quant à lui fonctionner sans infrastructure lourde et desservir des zones délaissées.

Troisième niche, l’inclusion des exclus du système bancaire. Même les fintechs les plus accessibles exigent un smartphone et une pièce d’identité. Une partie de la population, notamment dans les zones rurales, ne dispose ni de l’un ni de l’autre. Un transfert en stablecoin, converti en liquide par un agent local, reste une porte d’entrée pour ces personnes.

Quatrième niche, la souveraineté monétaire. Certaines populations ou petites entreprises souhaitent détenir de la valeur en dehors de tout système contrôlé par une banque centrale ou un État. Un stablecoin sur une blockchain publique est plus difficile à censurer ou à geler qu’un compte bancaire ou qu’un portefeuille d’application. Cet argument, déjà présent dans les débats autour de la réforme du Franc CFA, continue de motiver une frange militante mais minoritaire des utilisateurs.

C’est sur ces créneaux que se positionne ipercash.com. Cet opérateur hybride ne cherche pas à rivaliser frontalement avec Nala ou LemFi sur les frais. Il propose plutôt des envois en stablecoins depuis l’étranger, convertis en FCFA par des agents locaux agréés. Sa cible privilégiée : les transferts vers les pays africains et entre pays africains, les bénéficiaires sans compte bancaire, les personnes refusant un processus d’identification trop lourd, ou celles qui souhaitent conserver une partie de leurs fonds en dollars numériques. Un porte-parole de l’entreprise résume ainsi leur stratégie : non seulement nous sommes les moins chers sur Paris-Yaoundé mais nous voulons être là où les fintechs ne sont pas.

Pourtant, l’adoption des stablecoins dans l’UEMOA et la CEMAC reste très marginale. La raison principale n’est pas technique mais politique. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et son homologue d’Afrique centrale n’ont toujours pas publié de cadre clair pour les actifs numériques. Les prestataires crypto opèrent dans un vide juridique : ni autorisés, ni explicitement interdits. À l’inverse, les fintechs comme Nala ou LemFi ont obtenu des licences locales ou des partenariats bancaires, ce qui leur confère un avantage compétitif décisif.

Un début de structuration apparaît tout de même en zone CEMAC avec la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale, mais rien d’opérationnel pour les particuliers n’est attendu à court terme. Les régulateurs francophones restent prudents, craignant les risques de blanchiment et d’instabilité financière.

Le marché des transferts vers l’Afrique n’est donc plus un désert. Il est désormais segmenté. Pour ceux qui veulent épargner en dollars, payer un fournisseur à l’étranger, ou envoyer de l’argent sur un couloir secondaire non desservi par les applications classiques, les stablecoins et des opérateurs comme ipercash.com restent une alternative pertinente.

Les fintechs anglo-saxonnes ont gagné la bataille des prix et de l’expérience utilisateur. Les stablecoins survivent sur la liberté monétaire et les angles morts du système formel. Leur avenir en zone FCFA dépendra moins de la technologie que d’une décision politique : les régulateurs francophones vont-ils enfin sortir du vide juridique dans lequel ils maintiennent les cryptomonnaies ? La réponse à cette question déterminera si ces niches resteront marginales ou pourront un jour devenir des marchés à part entière.

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