Le Cameroun reste le premier marché du crédit de la CEMAC malgré le ralentissement des prêts

Le Cameroun conserve sa position de premier marché du crédit bancaire en Afrique centrale. Au premier trimestre 2026, les établissements de crédit opérant dans le pays ont accordé 1 337,3 milliards de FCFA de nouveaux crédits, soit plus de la moitié des financements distribués dans l’ensemble de la CEMAC. Mais derrière cette domination régionale se cache une réalité plus contrastée : le volume des nouveaux crédits a chuté de plus de 28 % en un an, tandis que le coût moyen de l’emprunt a augmenté.

Les dernières données publiées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) permettent ainsi de dresser un portrait plus nuancé de la dynamique du financement au Cameroun en 2026.


Le Cameroun concentre plus de la moitié du nouveau crédit de la CEMAC

Au cours du premier trimestre 2026, les établissements de crédit des six pays de la CEMAC ont accordé 2 510,5 milliards de FCFA de nouveaux crédits à l’économie.

Sur cette enveloppe, le Cameroun représente à lui seul 1 337,3 milliards de FCFA, soit 53,27 % du total régional.

Le pays arrive donc largement en tête devant les autres économies de la communauté.

Cette position confirme le poids du Cameroun dans le système financier régional. La BEAC indique que la répartition des crédits par pays reste dominée par les établissements opérant au Cameroun, tandis que la République centrafricaine se situe à l’autre extrémité avec 41,4 milliards de FCFA, soit 1,65 % du total.

En d’autres termes, plus d’un franc CFA sur deux nouvellement prêtés dans la CEMAC au premier trimestre 2026 l’a été au Cameroun.

Cette concentration constitue l’un des indicateurs les plus révélateurs du poids économique et bancaire du pays dans la sous-région.


Mais le crédit camerounais recule fortement

La domination du Cameroun ne signifie toutefois pas que le marché du crédit est en pleine expansion.

Bien au contraire.

Les 1 337,3 milliards de FCFA accordés au premier trimestre 2026 représentent une baisse de 28,24 % par rapport aux 1 887 milliards enregistrés durant la même période en 2025.

En valeur, cela représente environ 550 milliards de FCFA de nouveaux financements en moins sur un an.

Le ralentissement est encore plus marqué par rapport au dernier trimestre 2025 : le volume des nouveaux crédits était alors de 1 922,4 milliards de FCFA, soit une baisse trimestrielle de 30,44 %.

Le phénomène camerounais s’inscrit dans une tendance régionale.

Dans l’ensemble de la CEMAC, les nouveaux crédits ont diminué de 20,22 % sur un an, passant de 3 146,9 milliards à 2 510,5 milliards de FCFA.

Le ralentissement du crédit n’est donc pas uniquement camerounais. Il touche l’ensemble de l’environnement financier régional.


Un paradoxe : davantage de dossiers, mais beaucoup moins d’argent prêté

Un élément particulièrement intéressant ressort des données de la BEAC.

Alors que la valeur totale des nouveaux crédits accordés au Cameroun a fortement diminué, le nombre de dossiers de crédit a augmenté.

Les établissements de crédit ont enregistré 207 119 nouveaux crédits au premier trimestre 2026, contre 202 508 un an auparavant.

Cela représente une progression de 2,28 % du nombre de dossiers.

Le phénomène est donc paradoxal :

Plus de dossiers de crédit, mais moins de capitaux distribués.

Cela peut suggérer une évolution de la structure de la demande de financement : davantage d’opérations de crédit, mais des montants moyens plus faibles.

Cette distinction est importante pour comprendre la réalité du financement de l’économie.

Une baisse du volume total des crédits ne signifie pas nécessairement que les banques ont complètement fermé le robinet du financement.

Elle peut également traduire une diminution de la taille moyenne des opérations financées.


Les entreprises restent les grandes bénéficiaires

Le secteur privé demeure au cœur du marché du crédit camerounais.

Au premier trimestre 2026, les entreprises ont reçu 1 207 milliards de FCFA, soit environ 90,26 % de l’ensemble des nouveaux crédits distribués au Cameroun.

Les grandes entreprises ont obtenu 970,8 milliards de FCFA, tandis que les PME ont bénéficié de 336,1 milliards.

Cette répartition révèle une caractéristique importante du système financier camerounais : les grandes entreprises captent encore une part considérable du financement bancaire.

Les financements destinés aux grandes entreprises ont diminué de 25,70 % sur un an.

Les PME ont également subi une contraction, avec une baisse de 18,02 % des montants financés.

La question de l’accès des petites et moyennes entreprises au crédit reste donc centrale pour la croissance économique camerounaise.


Les PME : un marché stratégique mais encore difficile

Les PME jouent un rôle essentiel dans l’économie camerounaise, mais leur accès au financement reste confronté à plusieurs contraintes.

Au premier trimestre 2026, elles ont obtenu 336,1 milliards de FCFA de nouveaux crédits.

Cela représente une diminution par rapport aux 410,1 milliards environ enregistrés un an plus tôt.

Mais le coût du crédit constitue également un facteur déterminant.

Selon la BEAC, le taux effectif global moyen appliqué aux PME par les banques camerounaises était de 11,85 % au premier trimestre 2026, contre 11,84 % un an auparavant.

Le taux est donc pratiquement stable sur un an, même si les conditions se sont légèrement durcies par rapport au trimestre précédent.

Pour les PME, le problème ne se résume donc pas uniquement au niveau du taux d’intérêt.

La capacité à présenter des garanties, la qualité des états financiers, la formalisation de l’entreprise et la perception du risque par les banques restent également déterminantes.


Le coût moyen du crédit augmente

C’est probablement l’un des éléments les plus importants des nouvelles données.

Le taux débiteur moyen pratiqué au Cameroun est passé de 8,26 % au premier trimestre 2025 à 9,03 % au premier trimestre 2026.

Il s’agit d’une hausse de 77 points de base en un an.

Le taux reste néanmoins inférieur à la moyenne de la CEMAC, qui atteignait 12,38 % au premier trimestre 2026.

Le Cameroun conserve ainsi les conditions moyennes d’emprunt les moins élevées de la sous-région.

Cette situation donne au pays un avantage relatif.

Mais elle signifie également que les entreprises et les particuliers camerounais doivent composer avec un environnement de financement plus coûteux qu’un an auparavant.


Le Cameroun reste néanmoins le pays où le crédit est le moins cher de la CEMAC

La comparaison régionale est particulièrement intéressante.

Alors que le taux débiteur moyen au Cameroun était de 9,03 %, les taux observés dans plusieurs autres économies de la CEMAC étaient nettement plus élevés.

Le Gabon affichait notamment un taux moyen de 21,51 %, tandis que la Guinée équatoriale atteignait 17,44 %, selon les données rapportées à partir du rapport de la BEAC.

Cette différence peut influencer les décisions d’investissement des entreprises.

À conditions égales, une entreprise qui peut emprunter à un coût inférieur dispose d’une plus grande marge pour financer :

  • l’achat d’équipements ;
  • l’expansion de ses activités ;
  • le recrutement ;
  • l’ouverture de nouvelles agences ;
  • la constitution de stocks ;
  • les investissements immobiliers ;
  • la transformation numérique.

Le niveau relativement plus faible des taux camerounais constitue donc un facteur de compétitivité financière à l’intérieur de la CEMAC.


Les grandes entreprises bénéficient de conditions nettement plus favorables

La différence entre les catégories d’emprunteurs est également révélatrice.

Au niveau des banques camerounaises, le taux effectif global moyen appliqué aux grandes entreprises était de 7,59 % au premier trimestre 2026.

Pour les PME, il atteignait 11,85 %.

Pour les particuliers, il était de 15,12 %.

L’écart est donc considérable.

Une grande entreprise disposant d’une solide capacité financière peut accéder à des financements à un coût nettement inférieur à celui supporté par un particulier ou une PME.

Cette différence reflète notamment la perception du risque, la qualité des garanties, la capacité de remboursement et la taille des opérations.

Elle pose également une question importante pour la politique de développement économique :

Comment faciliter l’accès des PME à un crédit plus abordable ?


Les banques restent au cœur du financement de l’économie

Au Cameroun, les banques commerciales ont représenté 99,35 % de l’enveloppe globale des nouveaux crédits au premier trimestre 2026.

Les établissements financiers n’ont représenté qu’environ 0,35 %.

Cette situation montre la place centrale du secteur bancaire dans le financement de l’économie camerounaise.

Elle signifie également que la diversification des sources de financement reste un enjeu important.

Marchés de capitaux, fintechs, financement participatif, crédit digital, institutions de microfinance et autres mécanismes pourraient contribuer à élargir l’accès au financement, notamment pour les entreprises qui ne remplissent pas facilement les critères traditionnels des banques.


Un crédit principalement orienté vers le court terme

Autre caractéristique importante : la majorité des nouveaux crédits accordés au Cameroun sont de court terme.

Selon la BEAC, les crédits à court terme hors engagements par signature représentaient 73,23 % des concours bancaires au premier trimestre 2026.

Les crédits à moyen terme représentaient 6,75 %, tandis que les crédits à long terme ne représentaient que 4,71 %. Les engagements par signature représentaient 15,30 %.

Cette structure est importante pour comprendre le type de financement actuellement fourni par le système bancaire.

Le crédit à court terme répond principalement aux besoins de :

  • trésorerie ;
  • fonctionnement ;
  • financement des stocks ;
  • consommation ;
  • besoins temporaires de liquidité.

À l’inverse, les investissements lourds nécessitent généralement des financements à moyen ou long terme.

La faible proportion de crédits longs peut donc constituer un défi pour les entreprises qui souhaitent financer des projets industriels ou des investissements structurants.


Pourquoi le crédit ralentit-il en Afrique centrale ?

La baisse du crédit au premier trimestre 2026 intervient dans un contexte régional plus difficile.

La BEAC indique que l’environnement économique mondial du début de l’année a été marqué par des tensions géopolitiques et une forte volatilité des matières premières, notamment du pétrole.

La banque centrale souligne également que cette conjoncture a pesé négativement sur l’offre de nouveaux crédits dans la CEMAC.

Le ralentissement peut donc être analysé comme le résultat de plusieurs facteurs :

incertitude économique + coût du financement + prudence des entreprises + conditions bancaires plus strictes = ralentissement du crédit.

Pour les banques, l’environnement incertain peut également conduire à une plus grande prudence dans l’évaluation du risque.

Pour les entreprises, des taux plus élevés peuvent rendre certains projets moins rentables ou retarder les décisions d’investissement.


Le paradoxe du marché camerounais

Le marché camerounais présente ainsi un paradoxe.

D’un côté :

Le Cameroun domine largement le marché du crédit de la CEMAC.

De l’autre :

Le volume de nouveaux financements a chuté de près de 30 % en un an.

Et parallèlement :

Le nombre de dossiers de crédit a légèrement augmenté.

Cela signifie que la question n’est plus seulement de savoir si les banques camerounaises prêtent de l’argent.

Il faut également se demander :

À qui prêtent-elles ? Combien prêtent-elles ? Pour quelle durée ? Et à quel coût ?

C’est cette lecture plus fine des données qui permet de comprendre l’état réel du financement de l’économie camerounaise.


Une opportunité pour les fintechs

Cette évolution pourrait également créer de nouvelles opportunités pour les acteurs de la finance numérique.

Lorsque les entreprises rencontrent des difficultés à accéder au crédit bancaire traditionnel, les fintechs peuvent potentiellement intervenir sur certains segments :

  • scoring alternatif ;
  • financement des PME ;
  • paiement numérique ;
  • gestion de trésorerie ;
  • crédit digital ;
  • facturation électronique ;
  • financement du commerce ;
  • solutions de paiement pour les entreprises.

Les données transactionnelles peuvent notamment devenir une source importante d’information pour évaluer la capacité financière de certaines entreprises.

La montée en puissance des infrastructures de paiement numériques en Afrique centrale pourrait donc, à terme, contribuer à l’émergence de nouveaux modèles de financement.


Le Cameroun peut-il conserver son leadership ?

À court terme, la position du Cameroun paraît solide.

Avec plus de 53 % des nouveaux crédits de la CEMAC, le pays possède une avance considérable sur ses voisins.

Mais conserver cette position ne dépendra pas uniquement de la taille du secteur bancaire.

Le pays devra également réussir à maintenir :

  • un coût du crédit compétitif ;
  • une bonne stabilité financière ;
  • un accès plus large au financement pour les PME ;
  • des financements de plus longue durée ;
  • une meilleure inclusion financière ;
  • un écosystème fintech dynamique.

La question du financement des investissements productifs sera particulièrement importante.

Une économie peut disposer d’un marché bancaire important tout en rencontrant des difficultés à financer suffisamment les projets industriels, technologiques et infrastructurels de long terme.


Ce que les chiffres nous disent vraiment

Les données du premier trimestre 2026 permettent de tirer plusieurs conclusions.

Premièrement, le Cameroun reste incontestablement le principal marché du crédit de la CEMAC.

Deuxièmement, cette domination ne signifie pas que le crédit est en expansion : les nouveaux financements ont diminué de 28,24 % sur un an.

Troisièmement, le nombre de dossiers augmente malgré la baisse des montants distribués.

Quatrièmement, les entreprises absorbent l’essentiel des financements, avec 90,26 % du crédit au Cameroun.

Cinquièmement, les grandes entreprises bénéficient de conditions de financement beaucoup plus favorables que les PME et les particuliers.

Enfin, malgré une hausse des taux, le Cameroun reste le marché où le coût moyen du crédit est le plus faible de la CEMAC.


Conclusion : un géant du crédit face à un nouveau défi

Le Cameroun conserve son statut de premier marché du crédit de la CEMAC, mais les chiffres du premier trimestre 2026 montrent que ce leadership doit être interprété avec prudence.

Le pays concentre plus de la moitié des nouveaux crédits distribués dans la région, mais le volume des financements a fortement diminué.

Le véritable enjeu pour le Cameroun n’est donc plus seulement de conserver sa première place.

Il est de parvenir à transformer cette puissance bancaire en financement durable de la croissance.

Cela signifie davantage de crédit pour les PME, davantage de financements à moyen et long terme, des conditions accessibles aux entrepreneurs et une diversification des sources de financement.

Dans ce contexte, les banques continueront à jouer un rôle central. Mais les fintechs, les marchés de capitaux et les nouveaux modèles de financement pourraient progressivement compléter l’écosystème.

Le Cameroun est déjà le premier marché du crédit de l’Afrique centrale. La prochaine question sera de savoir s’il peut devenir également le marché où le crédit est le plus accessible, le plus innovant et le mieux orienté vers la transformation de l’économie.


FAQ — Crédit bancaire au Cameroun et dans la CEMAC

Quel est le premier marché du crédit de la CEMAC ?

Le Cameroun est actuellement le premier marché du crédit de la CEMAC. Au premier trimestre 2026, il a représenté 53,27 % des nouveaux crédits accordés dans la communauté, avec 1 337,3 milliards de FCFA.

Combien de crédits ont été accordés au Cameroun au premier trimestre 2026 ?

Les établissements de crédit ont accordé 207 119 nouveaux crédits au Cameroun durant le premier trimestre 2026.

Le crédit augmente-t-il au Cameroun ?

Pas en valeur. Le montant des nouveaux crédits a diminué de 28,24 % sur un an, passant de 1 887 milliards à 1 337,3 milliards de FCFA. En revanche, le nombre de dossiers a progressé de 2,28 %.

Quel est le taux moyen du crédit au Cameroun ?

Le taux débiteur moyen était de 9,03 % au premier trimestre 2026, contre 8,26 % un an auparavant.

Qui reçoit le plus de crédits au Cameroun ?

Les entreprises sont les principales bénéficiaires. Elles ont reçu 1 207 milliards de FCFA, soit 90,26 % des nouveaux crédits distribués durant le premier trimestre 2026.

Les PME ont-elles accès au crédit ?

Oui, mais elles restent confrontées à des conditions moins favorables que les grandes entreprises. Les PME ont reçu 336,1 milliards de FCFA au premier trimestre 2026 et leur taux effectif global bancaire moyen était de 11,85 %.

Pourquoi le crédit est-il important pour l’économie camerounaise ?

Le crédit permet aux entreprises de financer leurs besoins de trésorerie, leurs investissements, leurs équipements et leur expansion. Pour les ménages, il peut financer la consommation, l’immobilier et d’autres projets. Un accès plus large au financement peut donc soutenir l’activité économique et la création d’emplois.

Sources

Les principales données de cet article proviennent du rapport sur l’évolution des taux débiteurs pratiqués par les établissements de crédit dans la CEMAC au premier trimestre 2026, publié par la BEAC.

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