Quand on parle de monnaie numérique, on pense souvent naturellement aux monnaies créées et contrôlées directement par les banques centrales. Ce modèle a incité de nombreux pays à développer ou à étudier des projets de monnaie numérique de banque centrale (MNBC). Cependant, les États-Unis semblent avoir opté pour une voie différente. Grâce au Genius Act et à l’adoption progressive des stablecoins, Washington construit un dollar numérique sans monnaie numérique de banque centrale.

Ce choix pourrait avoir des conséquences importantes sur les paiements internationaux, l’innovation financière et les flux de capitaux vers les marchés émergents.

Pour bien comprendre les enjeux, il est essentiel de distinguer deux concepts souvent confondus : la monnaie numérique de banque centrale (MNBC) et les stablecoins.

Une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) est une version numérique de la monnaie officielle, émise directement par une banque centrale. Aux États-Unis, par exemple, le dollar numérique de banque centrale serait créé et garanti par la Réserve fédérale. Chaque unité numérique représente une créance directe auprès de la banque centrale, à l’instar des billets de banque actuels.

Les stablecoins, quant à eux, fonctionnent différemment. Elle est généralement émise par des entreprises privées détenant un montant équivalent de réserves en dollars, d’obligations du Trésor américain ou d’autres actifs très liquides. Chaque jeton représente une promesse de remboursement à une valeur fixe. L’USDC de Circle et l’USDT de Tether en sont les exemples les plus connus.

À première vue, la différence entre les deux semble purement technique. Pourtant, elle reflète deux visions très différentes de l’avenir des monnaies numériques.

Dans le modèle du dollar numérique de banque centrale (MNBC), l’État construit et exploite directement l’infrastructure de la monnaie numérique. Les banques, les fintechs et les entreprises développent des services autour de cette infrastructure publique.

Dans le modèle des stablecoins, l’État fixe les règles mais laisse au secteur privé le soin de développer les réseaux, les applications et les services. Les autorités de régulation supervisent les émetteurs et imposent des exigences de réserves, de transparence et de conformité, mais l’innovation reste guidée par le marché.

Il semble que ce soit la voie que privilégient les États-Unis.

Depuis des années, le débat autour du dollar numérique de banque centrale (MNBC) se heurte à une forte résistance politique. Aux États-Unis, de nombreux élus craignent que les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) ne confèrent au gouvernement un pouvoir d’intervention excessif dans les transactions des citoyens. D’autres estiment qu’elles pourraient affaiblir le rôle des banques commerciales dans le financement de l’économie.

Le résultat semble paradoxal. Alors que de nombreux pays étudient activement les MNBC, Washington semble désormais miser sur les stablecoins pour numériser le dollar.

Le Genius Act constitue une étape clé de cette stratégie. En réglementant les émetteurs de stablecoins, les États-Unis ne créent pas un dollar numérique public, mais permettent plutôt à des entreprises privées d’établir des dollars numériques dans un cadre réglementaire.

Cette approche présente de nombreux avantages. Elle stimule la concurrence, accélère l’innovation technologique et permet au gouvernement américain de profiter des avantages de la monnaie numérique sans avoir à construire lui-même une infrastructure centralisée.

De plus, elle renforce le statut international du dollar. Chaque fois qu’une transaction internationale est réglée avec un stablecoin adossé au dollar, ce dernier est mis en circulation. Grâce aux stablecoins, les États-Unis peuvent exporter leur monnaie vers l’économie numérique mondiale sans émettre de MNBC.

Pour les utilisateurs, cette différence est souvent imperceptible. Qu’il s’agisse d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) ou d’un stablecoin, l’expérience utilisateur semble identique : des transferts instantanés, 24 h/24 et 7 j/7. Cependant, les conséquences économiques sont radicalement différentes. Les MNBC ont naturellement tendance à concentrer l’innovation sur une infrastructure publique unique. Les règles étant prédéfinies, les possibilités d’expérimentation sont limitées.

À l’inverse, l’écosystème des stablecoins permet à des milliers d’entreprises de développer librement de nouveaux services de paiement, de transfert de fonds ou de services financiers numériques. L’innovation émerge sur le marché avant d’être largement adoptée.

Pour les fintechs spécialisées dans les paiements internationaux, cette évolution est loin d’être théorique. Des solutions comme IPercash s’appuient déjà sur les stablecoins comme infrastructure de règlement afin d’accélérer les transferts transfrontaliers, tout en permettant aux utilisateurs d’envoyer et de recevoir des monnaies traditionnelles. Si le monde s’était orienté exclusivement vers des monnaies numériques de banques centrales (CBDC), l’émergence de tels modèles aurait sans doute été plus lente et plus complexe. Le choix américain de favoriser un écosystème privé, encadré par des règles strictes, ouvre ainsi la voie à une nouvelle génération de services financiers, dont les bénéfices pourraient se faire sentir bien au-delà des États-Unis.

C’est cette dynamique qui a facilité l’émergence de nouveaux modèles pour les transferts internationaux.

Dans le système financier traditionnel, les transferts intercontinentaux nécessitent généralement de multiples banques, systèmes de compensation et intermédiaires spécialisés. Chaque participant perçoit une commission, ce qui allonge l’ensemble du processus.

Avec les stablecoins, la valeur peut circuler quasi instantanément au sein de l’infrastructure.

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